Le procès du militant des droits de l'homme Nabil Rajab s'est ouvert mercredi 16 mai à Bahreïn. Accusé d'avoir proféré, sur son compte Twitter, des insultes à l'encontre de la famille royale au pouvoir, le directeur du Centre de Bahreïn pour les droits de l'homme a nié en bloc toutes les accusations.
"Je n'ai fait qu'exercer mon droit à la liberté d'expression. Je n'ai pas commis un crime. La décision de m'arrêter et de me juger est une décision politique",
a lancé M. Rajab devant le président du tribunal pénal de Manama,
ajoutant que son arrestation avait des motivations politiques. Pour
Marie Camberlin, responsable du bureau Afrique du Nord et Proche-Orient
de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme
(FIDH), cette arrestation constitue un signal d'alerte concernant le
durcissement de la situation des droits de l'homme à Bahreïn.
Nabil Rajab avait-il déjà été arrêté par les autorités bahreïnies ?
Depuis le début de la contestation du pouvoir
en place au Bahreïn, le 14 février 2011, Nabil Rajab est une des
principales voix dénonçant les violations des droits pendant
l'oppression des manifestations par les autorités barheïnies. Très
présent sur Twitter, il a été plusieurs fois convoqué pour des interrogatoires, il a également été empêché de quitter
le territoire pendant plusieurs mois, mais jusque-là il n'avait jamais
été maintenu en détention. Son arrestation à l'aéroport de Manama, le 5
mai, alors qu'il rentrait d'une réunion de travail dans le cadre de ses
fonctions au Centre de Bahreïn pour les droits de l'homme au Liban, est le signe d'un durcissement des autorités bahreïnies.
Combien de procès sont-ils en cours contre ce manifestant des droits de l'homme ?
Une audience était prévue le 6 mai pour juger
sa participation à une manifestation dénonçant le maintien en détention
du gréviste de la faim Abdulhadi Al-Khawaja. Mais s'il a été arrêté le 5
mai, c'était pour les propos qu'il aurait tenus contre le ministère de
l'intérieur sur Twitter. Il aurait dû
être libéré une semaine plus tard, mais le samedi 13, une nouvelle
procédure a été ouverte contre lui, cette fois pour rassemblement
illégal et appel au recours à la force lors d'une manifestation en
janvier. Sa garde à vue a alors été prolongée d'une semaine. Mais
d'après son avocat, rien dans le Code pénal bahreïni ne peut justifier cette dernière garde à vue.
En tout, trois procès sont donc actuellement en cours. Aujourd'hui a
eu lieu la première audience concernant les tweets litigieux. Mais Nabil
Rajab boycotte la procédure judiciaire et refuse de répondre aux
questions car il estime que la Cour n'est pas indépendante. On a affaire
à un véritable harcèlement judiciaire. Si les autorités ressortent à
chaque fois de leur chapeau une nouvelle affaire de participation à une
manifestation, on peut commencer à s'inquiéter pour le sort de Nabil Rajab.
D'autres militants sont-ils dans le même cas que M. Rajab ?
Le harcèlement judiciaire est une pratique très répandue ces derniers
mois à Bahreïn. Une centaine de personnes ont été attaquées en justice
pour soutien aux manifestants, notamment des syndicalistes et des
médecins. Pour l'instant, quatorze activistes politiques ont également
été arrêtés. On peut citer le cas d'Abdulhadi Al-Khawaja, ce dissident condamné à la prison à vie en juin 2011. La Cour de cassation a accepté de rouvrir son dossier devant la justice civile en même temps que celui de vingt autres prisonniers, mais la plupart des peines ont été confirmées.
Aujourd'hui, la contestation continue. Les autorités n'acceptent de
délivrer que des visas allant du dimanche au jeudi, car les
manifestations ont lieu le vendredi et le samedi. Malgré cela, nos
observateurs de la FIDH ont été témoins de scènes
proches de la punition collective : des villages entiers ont été
inondés de gaz lacrymogène pourles manifestations. Bahreïn est très
sensible a son image internationale, et l'arrestation de Nabil, qui est
très médiatique et appelle toujours au pacifisme dans ses tweets, n'est
pas un signe encourageant.
Source : http://www.lemonde.fr
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